Vague de cyberassurances 2026 : ne signez pas les yeux fermés
Avec la nouvelle vague de cyberassurances annoncée pour 2026, les PME franciliennes vont être courtisées à coups d'alertes sur les ransomwares et la sauvegarde de données. Le vrai risque n'est pas de ne pas s'assurer, mais de s'assurer mal, en croyant avoir acheté une sécurité qui n'existe pas.
Pourquoi les assureurs se ruent sur le risque cyber des PME
En quelques années, le risque cyber est passé du rang de sujet « technique » à celui de menace stratégique. Les assureurs l'ont bien compris : nouvelles offres, questionnaires interminables, primes qui flambent. Et derrière, une réalité que peu de PME acceptent de regarder en face.
Les chiffres parlent d'eux‑mêmes : les autorités françaises rappellent régulièrement que la majorité des attaques par rançongiciel visent des structures de taille modeste, souvent mal protégées, parfois totalement désarmées. Sur le site d'EPX, on lit que 80 % des entreprises disparaissent après une perte majeure de données. Les actuaires des assureurs ont fait le calcul depuis longtemps.
L'assurance, ce n'est pas une solution technique
Une cyberassurance sérieuse ne remplace ni un antivirus, ni une stratégie de sauvegarde, ni une infogérance solide. C'est un filet financier, et parfois organisationnel, quand tout le reste a échoué. Toute la perversité du marché actuel vient du message implicite : payez la prime, on s'occupe du reste.
Dans les faits, ce « reste » repose sur deux piliers :
- Votre niveau de sécurité réel (sauvegardes, mises à jour, gestion des accès, etc.).
- Votre capacité à prouver ce niveau de sécurité, document à l'appui, le jour du sinistre.
Or c'est précisément là que la plupart des PME franciliennes sont nues : elles s'imaginent sécurisées parce qu'elles ont un prestataire informatique, mais n'ont jamais aligné leurs pratiques sur les exigences concrètes des assureurs.
Les questionnaires d'auto‑évaluation : un piège redoutable
Depuis 2024, beaucoup d'assureurs ont durci leurs conditions d'acceptation. Avant de vous couvrir, ils vous envoient un questionnaire d'auto‑évaluation de plusieurs pages : MFA, politique de mots de passe, PRA, sauvegardes, gouvernance… Une usine à cases à cocher.
Le faux confort du « oui » facile
Dans la vraie vie, comment ces questionnaires sont‑ils remplis ? Très souvent, par le dirigeant ou le DAF, parfois par un intermédiaire, rarement en lien étroit avec l'infogérant. On coche « oui » parce que :
- « Oui, il y a un antivirus » (mais personne ne sait s'il est centralisé ou à jour).
- « Oui, nous avons des sauvegardes » (mais jamais testées en restauration complète).
- « Oui, nous faisons les mises à jour » (mais sans politique formalisée).
Sur le moment, tout le monde est content, la prime est calculée, le contrat part à la signature. Le problème arrive plus tard, quand un incident majeur survient et que l'expert missionné par l'assureur compare, ligne à ligne, vos déclarations et votre réalité technique.
Déclaration inexacte, même sans intention frauduleuse, rime souvent avec réduction, voire refus d'indemnisation. C'est là que la pilule devient franchement amère.
Associer enfin l'infogérance à la discussion
Un questionnaire de cyberassurance devrait toujours être rempli à trois voix :
- La direction, qui connaît les enjeux métier et financiers.
- L'infogérant, qui maîtrise l'état réel du parc informatique et des sauvegardes.
- Éventuellement le DAF ou le juriste, pour sécuriser la partie déclarative.
Sans cela, vous construisez un château en carton sur une base juridique fragile. Un prestataire de confiance, qui pratique déjà les audits cybersécurité, sait traduire les exigences de l'assureur en contrôles concrets et en plans d'action.
Ce que les polices cyber couvrent réellement (et ce qu'elles excluent)
Il n'existe pas « une » cyberassurance, mais des dizaines de variantes, avec des périmètres très différents. Certaines couvrent uniquement les frais d'expertise et de remise en état, d'autres y ajoutent la rançon (dans des limites discutables), les pertes d'exploitation, la responsabilité civile.
Les postes souvent oubliés
Au‑delà des grandes lignes marketing, regardez précisément :
- Les plafonds par type de frais (forensic, remise en état, communication de crise).
- Les carences temporelles (délai avant prise en charge de la perte d'exploitation).
- Les franchises parfois délirantes pour une PME.
- Les exclusions liées à des « négligences graves » sur la sécurité.
Et surtout, les exigences préalables : MFA généralisé, segmentation réseau, sauvegardes hors ligne, politiques d'habilitation, sensibilisation utilisateurs. Si votre prestataire d'infogérance n'a jamais évoqué ces sujets, c'est qu'il travaille encore comme en 2015, alors que les assureurs se sont, eux, mis à jour.
Rançon ou pas rançon : la fausse question
Beaucoup de débats médiatiques se concentrent sur le remboursement ou non des rançons. C'est un sujet moral, juridique, diplomatique même. Pour une PME qui vient de perdre l'intégralité de son système, la vraie question est beaucoup plus brutale : va‑t-on pouvoir redémarrer sans payer ?
C'est là que la qualité de votre stratégie de sauvegarde fait toute la différence, bien plus que la présence d'une ligne « rançon » dans votre contrat d'assurance. Un parc correctement sauvegardé, testé, supervisé chaque semaine, comme le décrit EPX, vous place dans une position de force. Un parc bricolé, avec des NAS exposés et des disques USB qui dorment dans un tiroir, vous laisse à genoux.
Winter is coming : la saisonnalité des attaques et des contraintes
On voit revenir chaque hiver les mêmes scénarios : télétravail en hausse, équipes réduites, serveurs qui tournent en surchauffe, budgets IT figés jusqu'au prochain exercice. Les attaquants, eux, ne prennent pas de vacances ; ils connaissent parfaitement ces failles saisonnières.
Les mois froids, terreau idéal pour le cyberchaos
Les campagnes de phishing se multiplient autour de janvier‑février, sur fond de bilans, de clôtures, de rumeurs de réforme fiscale. Les collaborateurs sont plus fatigués, moins vigilants. Et pendant ce temps, les équipes internes et les prestataires jonglent avec les astreintes.
Autrement dit : si vous devez mettre à niveau votre cybersécurité pour répondre aux exigences d'une assurance, mieux vaut ne pas attendre la fin d'année. L'alignement entre votre contrat cyber, votre contrat d'infogérance et vos procédures de support utilisateur se prépare au calme, pas en pleine tempête.
Transformer les exigences des assureurs en levier d'amélioration
Plutôt que de subir les conditions de plus en plus dures des assureurs, vous pouvez les retourner à votre avantage. Les grilles d'évaluation qu'ils utilisent sont souvent proches des référentiels de l'ANSSI ou de Cybermalveillance.gouv.fr : MFA, sauvegarde isolée, cloisonnement réseau, revue régulière des droits.
Faire de la checklist un plan de route 2026
Concrètement, prenez le questionnaire de votre futur (ou actuel) assureur, et transformez‑le en plan d'action en trois colonnes :
- Ce qui est déjà en place et documenté (vous pouvez le prouver).
- Ce qui est en place mais non formalisé (à cadrer avec votre infogérant).
- Ce qui manque totalement et doit faire l'objet d'un mini‑projet.
Beaucoup d'items sont directement reliés à ce que vous gérez déjà avec votre prestataire : parc, messagerie, VPN, télésauvegarde, téléphonie IP. Reconnecter tout ça à vos obligations d'assurance, c'est simplement arrêter de vivre dans deux mondes parallèles : celui du contrat IT et celui de la police d'assurance.
Sur le site d'EPX, l'approche globale (parc, sécurité, téléphonie, sauvegarde, messagerie) est assumée. C'est exactement ce que les assureurs attendent désormais : un système cohérent plutôt qu'un patchwork de solutions déconnectées.
Le jour où l'assureur débarque : être prêt à l'expertise
En cas de sinistre sérieux, vous ne parlerez plus à un commercial aimable, mais à un expert mandaté pour analyser la situation. Il demandera des preuves : journaux, rapports de sauvegarde, procédures, contrats, éventuels audits.
Documenter maintenant, pour ne pas improviser plus tard
Pour une PME d'Île‑de‑France, la base devrait inclure :
- Un inventaire fiable du parc (serveurs, postes, logiciels critiques).
- Une description de l'architecture réseau, y compris les accès à distance.
- La politique de sauvegarde et des preuves de tests de restauration récents.
- Les paramètres de sécurité de la messagerie (MFA, antispam, règles).
- Les comptes rendus des derniers ajustements de sécurité ou d'audit.
Une partie de ces éléments peut être produite par votre infogérant dans le cadre d'un audit informatique ou d'un projet de mise à niveau. Ce n'est pas du papier pour faire joli ; c'est ce qui fera pencher la balance entre indemnisation rapide et bataille juridique interminable.
Assurance, infogérance, direction : arrêter de jouer chacun sa partition
Ce qui frappe, dans beaucoup de dossiers d'incident que l'on voit passer en région parisienne, c'est le cloisonnement : l'assureur, l'infogérant, la direction, chacun parle son propre langage, avec ses propres enjeux, et personne ne prend le temps d'aligner tout le monde avant la crise.
La vague de cyberassurances 2026 peut être une opportunité, à condition d'en profiter pour remettre à plat votre sécurité, vos contrats et votre documentation. Si vous ne savez pas par où commencer, un bilan global de votre parc informatique, de votre sauvegarde de données et de votre messagerie cloud est un premier pas concret. Ensuite, seulement, signez votre police cyber - les yeux ouverts cette fois.